mardi 6 mars 2012

Mahmoud Darwich, « Comme des fleurs d’amandier ou plus loin »

Pour décrire les fleurs d'amandier,
Van Gogh
l'encyclopédie des fleurs et le dictionnaire
ne me sont d'aucune aide...
Les mots m'emporteront
vers les ficelles de la rhétorique
et la rhétorique blesse le sens
puis flatte sa blessure,
comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.
Comment les fleurs d'amandier resplendiraient-elles
dans ma langue, moi l'écho ?
Transparentes comme un rire aquatique,
elles perlent de la pudeur de la rosée
sur les branches...
Légères, telle une phrase blanche mélodieuse...
Fragiles, telle une pensée fugace
ouverte sur nos doigts
et que nous consignons pour rien...
Denses, tel un vers
que les lettres ne peuvent transcrire.
Pour décrire les fleurs d'amandier,
j'ai besoin de visites
à l'inconscient qui me guident aux noms
d'un sentiment suspendu aux arbres.
Comment s'appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des mots,
j'ai besoin de traverser la pesanteur et les mots
lorsqu'ils deviennent ombre murmurante,
que je deviens eux et que, transparents blancs,
ils deviennent moi.
Ni patrie ni exil que les mots,
mais passion du blanc
pour la description des fleurs d'amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc
dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu'un parvenait
à une brève description des fleurs d'amandier,
la brume se rétracterait des colline
et un peuple dirait à l'unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national ! In, « Comme des fleurs d’amandier ou plus loin »

lundi 5 mars 2012

http://www.dailymotion.com/video/x3ap71_fleurs-d-amandier-1-sur-3_news

Roberto Juarroz(Douxième poésie verticale, poème 40)

Photo :Hengki Koentjoro II


Nous avons aussi trahi l’eau

La pluie ne tombe pas pour cela,  Le fleuve ne coule pas pour cela,  la mare ne stagne pas pour cela,    la mer n’est pas présence pour cela.

Nous avons une fois de plus perdu le message, Les voyelles ouvertes du langage de l’eau, sa transparence palpable et inouïe.

Nous ne sûmes pas même boire la transparence. Boire quelque chose c’est l’apprendre.

Et  apprendre la transparence c’est continuer à apprendre l’invisible.

dimanche 4 mars 2012

Emily Dickinson, To make a prairie





Pour faire une prairie il faut un trèfle et une abeille,

Un trèfle et  une abeille,

Et la rêverie,

La rêverie seule y suffirait,

Si les abeilles venaient à manquer.

François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

Photo :Shitao, 1642 – 1707

"Parfois au réveil dans la clarté indécise d'un pan d'espace,
où disparaissent tous les signes de reconnaissance,
je ne perçois ni des choses ni des images.
Je ne suis pas le sujet d'impressions pures,
ni le spectateur indifférent d'objets qui me font face.

Je suis co-naissant avec le monde qui se lève en lui-même
et se fait jour à mon propre jour, lequel ne se lève qu'avec lui"

Henri Maldiney " l'avènement de l’œuvre"
source Cinq méditations sur la beauté, François Cheng
http://www.dailymotion.com/video/xp4zah_katia-boutchou-ter-cab0212_creation

Nils Udo


"Dessiner avec des fleurs. Peindre avec des nuages. Ecrire avec de l’eau. Enregistrer le vent de mai, la course d’une feuille tombante. Travailler pour un orage. Anticiper un glacier. Orienter l’eau et la lumière... Dénombrer une forêt et une prairie...."
"Avec mon travail dans et avec la nature, j’abolis la frontière entre l’art et la vie."

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