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lundi 5 mars 2012

Roberto Juarroz(Douxième poésie verticale, poème 40)

Photo :Hengki Koentjoro II


Nous avons aussi trahi l’eau

La pluie ne tombe pas pour cela,  Le fleuve ne coule pas pour cela,  la mare ne stagne pas pour cela,    la mer n’est pas présence pour cela.

Nous avons une fois de plus perdu le message, Les voyelles ouvertes du langage de l’eau, sa transparence palpable et inouïe.

Nous ne sûmes pas même boire la transparence. Boire quelque chose c’est l’apprendre.

Et  apprendre la transparence c’est continuer à apprendre l’invisible.

lundi 27 février 2012

Roberto Juarroz (Quinzième poésie verticale, traduction Jacques Ancet)

" Éteindre la lumière, chaque nuit,...

Éteindre la lumière, chaque nuit,
est comme un rite d'initiation:
s'ouvrir au corps de l'ombre,
revenir au cycle d'un apprentissage toujours remis:
se rappeler que toute lumière
est une enclave transitoire.

Dans l'ombre, par exemple,
les noms qui nous servent dans la lumière n'ont plus cours.
Il faut les remplacer un à un.
Et plus tard effacer tous les noms.
Et même finir par changer tout le langage
et articuler le langage de l'ombre.

Éteindre la lumière, chaque nuit,
rend notre identité honteuse,
broie son grain de moutarde
dans l'implacable mortier de l'ombre.

Comment éteindre chaque chose ?
Comment éteindre chaque homme ?
Comment éteindre ?

Éteindre la lumière, chaque nuit,
nous fait palper les parois de toutes les tombes.
Notre main ne réussit alors
qu'à s'agripper à une autre main.
Ou, si elle est seule,
elle revient au geste implorant
de raviver l'aumône de la lumière."

(Roberto Juarroz)